Pourquoi la guerre ? – Albert Einstein & Sigmund Freud

Pourquoi la guerre ?
– Correspondance entre Albert Einstein & Sigmund Freud

Nous nous sommes tous déjà interrogé sur la nature de l’Homme, ses tendances destructrices et colonialistes nous laissent parfois perplexe. La soif de pouvoir et la guerre nous semblent absurde, nous nous demandons souvent comment a-t-on pu en arriver là ?

En 1932, dans un contexte économique et politique tendu, la commission internationale de coopération intellectuelle de la Société des Nations (SDN) a fait appel à deux grands spécialistes dans leurs domaines respectifs afin de traiter ce sujet avec beaucoup de pertinence : Sigmund Freud, père fondateur de la psychanalyse et Albert Einstein, illustre physicien théoricien dont le QI serait estimé à 160 points. Le but étant d’engager un dialogue au service de la paix.

Les correspondances de Freud sont bien connues dans le milieu littéraire, la richesse de ses échanges avec d’autres personnages célèbres a donné lieu à plusieurs publications d’ouvrages.
Freud a entretenu de nombreuses relations épistolaires, notamment avec l’écrivain Stephan Zweig, mais aussi avec certains de ses confrères comme Carl Gustav Jung, Wilhelm Fliess ou Sándor Ferenczi.
À chaque lecture de correspondances, je ne peux m’empêcher d’être en admiration devant le phrasé exceptionnel que les Hommes érudits de l’époque pouvaient déployer dans leurs lettres.
Si de nombreuses personnes trouvent qu’il est très dur de lire les travaux de Freud, je trouve qu’il est parfois encore plus difficile de suivre le cheminement de pensée d’Einstein, il faut être bien accroché… Cette œuvre reste tout de même très compréhensible et accessible à tous (je l’ai lu quand j’avais 17 ans, ce n’était pas évident, mais ce n’était pas insurmontable non plus).

La confrontation du point de vue psychanalytique de Freud et de la vision plus scientifique d’Einstein est très intéressante. Ainsi, au fil de leurs lettres, les deux amis échangent et font progresser le débat, en associant leur savoirs, ils parviennent à soulever divers points essentiels pouvant constituer la cause de cette nature humaine dévastatrice.

Pour Freud, nos pulsions qui seraient à l’origine de cette forme de violence que représente la guerre. Les pulsions de conservation correspondent au désir de conserver et d’unir alors que les pulsions agressives nous poussent à détruire et à tuer. Pour Freud, les pulsions de conservation engagent une fonction sexuelle épanouissante. Les pulsions agressives ont en revanche une visée de décharges destructrices. Il ajoute : « La pulsion de mort devient pulsion de destruction en se tournant, au moyen d’organes spécifiques, vers l’extérieur, contre les objets. L’être vivant préserve pour ainsi dire sa propre vie en détruisant celle d’autrui. »

Einstein soulève d’importantes questions dont celle-ci : « Comment diriger le développement psychique de l’homme de manière à le rendre mieux armé contre les psychoses de haine et de destruction ? ». Suite à ça, il dénonce : « Voici quelle est à mon avis la première réponse qui s’impose : cette minorité des dirigeants de l’heure a dans la main tout d’abord l’école, la presse et presque toujours les organisations religieuses. C’est par ces moyens qu’elle domine et dirige les sentiments de la grande masse dont elle fait son instrument aveugle ».Il note également un point intéressant, selon lui, l’intelligence et l’érudition seraient aussi vecteurs de pulsions destructrices : « Et loin de moi la pensée de ne songer ici qu’aux êtres dit incultes. J’ai pu éprouver  moi-même que c’est bien plutôt la soi-disant « intelligence » qui se trouve être la proie la plus facile des funestes suggestions collectives, car elle n’a pas coutume de puiser aux sources de l’expérience vécue, et que c’est au contraire par le truchement du papier imprimé qu’elle se laisse le plus aisément et le plus complètement saisir. »

Par le passé, Freud a déjà démontré l’importance de la mythologie comme outil de métaphore pour certains états psychologiques (en particulier avec son travail sur l’Œdipe) lié à la complexité et à la richesse de ces fables antiques et des personnages qui en sont les acteurs. Une fois de plus, il aime comparer les pulsions aux caractères particuliers des dieux grecques, comme ici avec Eros, le dieu primordial de l’Amour et de la puissance créatrice : « Il ne s’agit pas de supprimer le penchant humain à l’agression; on peut s’efforcer de le canaliser, de telle sorte qu’il ne trouve son mode d’expression dans la guerre. (…) Si la propension à la guerre est un produit de la pulsion destructrice, il y a donc lieu de faire appel à l’adversaire de ce penchant, à l’Eros. Tout ce qui engendre parmi les hommes, des liens de sentiments doit réagir contre la guerre. »

Les deux savants concluent en supposant qu’une éducation collective et qu’une culture commune seraient propices au pacifisme entre les peuples :
« Tout ce qui travaille au développement de la culture travaille aussi contre la guerre. ».

Quelques années plus tard, la publication de cette correspondance
sera interdite par le régime nazi…

Pourquoi la guerre ? – Albert Einstein & Sigmund Freud

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