Peindre sa vie

Ma vie en peintures est le premier roman de l’Argentine Maria Gainza. Critique d’art, la néo-écrivaine pose un regard éminemment personnel sur la peinture tandis qu’elle peint sa vie de façon originale et drôle. Un récit savoureux pour les yeux et le cœur.

L’art est fécond. L’art inspire. Aux yeux de la romancière Maria Gainza, la peinture lui a donné une profession, mais plus encore, une grille d’analyse, un canevas sur lequel projeter sa propre expérience. Dans Ma vie en peintures, la narratrice se raconte, de l’enfance à l’âge adulte, à travers des tableaux et des peintres illustrant ses propres émois, ses propres questionnements, sa raison d’être.

C’est un livre écrit sur le mode de la confidence, mais l’autrice ne cherche jamais à se cacher ou à se justifier. Bien au contraire. La peinture l’aide à expliquer sa pensée, ses relations avec ses proches, ses vérités et mensonges, ses passions. 

La narratrice effectue ce parcours de vie accompagnée de tableaux qu’elle a vus en personne, surtout dans les musées de Buenos Aires. Des œuvres d’artistes souvent connus, mais pas nécessairement une représentation de leur travail le plus universellement salué. 

Sept reproductions de tableaux, dont des œuvres de Courbet, Toulouse-Lautrec et Rousseau, s’intercalent dans son récit de vie. Elle aborde également le travail des Rothko, Monet, Le Greco, entre autres. La jeune femme lit aussi beaucoup: Duras, Keats, Plath, Dante.

Rien d’élitiste pourtant, ni chez elle ni dans son appréciation très crue, parfois intrusive, de la vie des artistes. La narratrice avoue aussi ses penchants pour la culture populaire: le groupe The Ramones et la série télé américaine Charlie’s Angels, par exemple. Elle sait rire de sa vie avec humilité et raconter l’histoire des tableaux qui l’ont marquée avec sagacité.

« Qui sait, peut-être t’es-tu convaincue, étant donné ta progressive et alarmante tendance à vivre chaque jour avec moins que la veille, que tu n’as pas besoin de grands avions ni de grands chefs-d’oeuvre dans ta vie. Cézanne disait: ‘La grandeur finit par lasser. Il y a des montagnes qui, lorsqu’on se trouve devant elles, nous donnent envie de crier: Bordel de merde! Mais, au quotidien, une simple colline vous suffit amplement.’ Ta ville est une plaine grise mais de temps à autre les nuages se dispersent et quelque chose émerge au milieu du néant. Certains jours où le ciel est limpide, comme aujourd’hui, tu réussis à le voir de ta fenêtre. C’est une petite colline surmontée d’une auréole nuageuse. »

Ma vie en peintures est un cours inédit d’histoire de l’art. Sans prétention, toujours bien argumenté. Cette fiction autobiographique s’avère un premier livre rafraîchissant eu égard aux autofictions souvent narcissiques qui nous inondent.  Tout est dans l’angle, le regard, la posture.

Le deuxième roman de Maria Gainza, La luz negra (La lumière noire), où elle s’attaque aux faussaires en art visuel, a été publié en espagnol en 2018 lorsque paraissait son premier en français. Ma vie en peintures était d’abord paru en 2014 sous le titre Mi nervio optico (Mon nerf optique).

Souhaitons que la traduction de La luz negra nécessitera moins de quatre années. 

Cette femme qui aime trop

Un roman d’amour. Sans mièvrerie, sans guimauve, ni eau-de-rose. L’amour fort, l’amour trop. L’écrivaine Julia Kerninon démontre, dans une langue magnifique, qu’elle a compris toutes les nuances du verbe « aimer ». Son roman nous bouleverse et nous éclaire.

Ma dévotion, c’est celle d’Helen envers Frank. Après 23 années de séparation, ils se croisent à Londres par hasard et elle vide la besace des sentiments complexes qui sont les siens envers lui, le « grand » peintre, mais l’humain manqué. L’esprit libre et éparpillé, l’homme jaloux et créatif, l’artiste passionné et égocentrique. Elle l’aime plus qu’elle-même et le lui dit pendant l’éternité d’un moment passager.

Ce n’est pas un procès, mais en toute équité, Helen veut enfin faire percevoir à « l’homme de sa vie » le point de vue qu’il n’a jamais voulu (re)connaître. Elle souhaite lui enseigner une fois pour toutes, mais sans attente, ce verbe « aimer » qu’il n’a jamais su conjuguer autrement qu’à la forme pronominale, première personne du singulier au plus-que-masculin.

L’amour d’Helen, a contrario, est conscient, lucide, total aussi. On admire sa passion, sa dévotion moins. Parfois cynique, elle l’exprime à plusieurs reprises dans ce monologue intérieur/extérieur: « J’étais devenue ta servante, et comme toutes les servantes, j’ai fini par considérer que mon maître m’appartenait »

Frank l’aime bien, certes. En amie. Il ne pourrait se passer d’elle, va-t-il jusqu’à confier à des proches. Mais c’est un grand artiste, voyez-vous. Sa carrière passe avant tout. Alors, Helen lui pardonne souvent ou presque. Elle n’oublie rien, toutefois, et finira par s’arracher à cette relation, somme toute, malsaine pour elle, voire tragique.

« J’ai retourné ses mots comme ma veste, je l’ai provoqué, humilié, j’ai tout fait pour lui essorer des larmes, j’ai brûlé ce que j’avais aimé, parce qu’en quittant quelqu’un nous cherchons souvent d’abord à dire adieu à une version de nous qui est venue à nous sembler trop étroite, trop usée, et nous nous débattons violemment pour nous en extraire comme d’une venimeuse tunique de Nessus. »

Ce récit d’une mémoire vibrante avance par petits chapitres incisifs. Non pas uniquement dirigé envers et contre Frank, même si Helen ne fait que lui parler, mais eu égard aux émotions décrites et à sa réflexion implacable qui s’en est suivie. La narratrice compte atteindre sa part de vérité et c’est probablement ce qu’il y a de plus beau et fort dans son verbe « aimer » qui équivaut, dans le fond, à « espérer », dans tous les sens du mot « espoir ».

Julia Kerninon possède une écriture belle et juste. On la sent au diapason de cette Helen qui n’a jamais su parler et, donc, qui a écrit toute sa vie. Avouons que la lire nous en apprend beaucoup, même si on croit tout savoir en ce domaine. Même si on croit que la partie est jouée d’avance dans les affaires du cœur.

Malgré les douleurs que l’on se reconnaît dans ce beau roman, dans les grandes et petites dévotions notamment, on doit admettre qu’elles forment la chaîne de notre vie. On a toujours le choix: regretter amèrement ou sourire les en pensant aux meilleurs souvenirs. En fait, les deux sentiments se côtoient. Aimer, c’est aussi ça. C’est « faire ». À la différence de l’amour qui a peut-être toujours été, dans le fond, impossible.

Le printemps de Harlem

La maison d’édition Mémoire d’encrier a fait d’une pierre deux initiatives: remettre le romancier américain Wallace Thurman en avant-plan en confiant la traduction de son roman Infants of the Spring aux bons soins de Daniel Grenier.

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Littérature : « A la ligne, feuillets d’usine » de Joseph Ponthus ou la naissance d’un écrivain..

L’Histoire : À la ligne est le premier roman de Joseph Ponthus. C’est l’histoire d’un ouvrier intérimaire qui embauche dans les conserveries de poissons et les abattoirs bretons. Jour après jour, il inventorie avec une infinie précision les gestes du travail à la ligne, le bruit, la fatigue, les rêves confisqués dans la répétition de rituels épuisants, la souffrance du corps. Ce qui le sauve, c’est qu’il a eu une autre vie. Il connaît les auteurs latins, il a vibré avec Dumas, il sait les poèmes d’Apollinaire et les chansons de Trenet. C’est sa victoire provisoire contre tout ce qui fait mal, tout ce qui aliène. Et, en allant à la ligne, on trouvera dans les blancs du texte la femme aimée, le bonheur dominical, le chien Pok Pok, l’odeur de la mer.

C’est sans doute une des chroniques les plus difficiles qu’il m’ait été donner d’écrire. Comment retranscrire la puissance d’évocation d’« A la ligne, feuillets d’usine« , un récit, un témoignage vibrant d’une telle force, avec un tel sens inouï de l’authenticité, du parler « vrai » ? Avec ce premier roman Joseph Ponthus signe une œuvre d’une acuité saisissante sur le monde de l’usine, celui des ouvriers des conserveries de poissons et des abattoirs, la ligne qui ne s’arrête jamais, nuit et jour, semaine après semaine, mois après mois.. Un monde peuplé de chefs et d’une armée d’intérimaires se sacrifiant sur l’autel du travail à la chaîne parce qu’il faut bien vivre, remplir son frigo, payer les factures, le loyer.. Sans misérabilisme mais avec un sens de la phrase incisif, de la formule, qui remue au plus profond de l’âme, l’écrivain nous transporte dans un monde que nous méconnaissons. Joseph Ponthus a été étudiant en littérature à Reims, il a eu plusieurs vies en une : tour à tour travailleur social, éducateur spécialisé avant de rejoindre la Bretagne et plus précisément Lorient où il vit et travaille dans ces usines, ces abattoirs se nourrissant des bêtes menées à la mort, finissant en carcasses poussées, découpées par une armée des ombres récoltant à la sueur de leur front, à la suite d’un travail harassant et peu gratifiant, leur maigre salaire. Joseph Ponthus aurait pu sombrer mais il avait l’amour de son épouse, de son chien Pok Pok et celui de l’écriture, des mots, des chansons, des poètes, des auteurs qui continuent de réenchanter sa vie. Car Joseph Ponthus n’a pas honte de sa situation et de ce statut social que beaucoup juge (à tord) insignifiant, sans ambition. Il est intérimaire, il travaille et il garde la tête haute parce qu’il le reconnaît, même si son travail est âpre, difficile, il se sent fier d’être avec ses camarades ouvriers. On lit ce livre d’une traite, sans reprendre son souffle, la gorge sèche en se demandant comment l’homme peut avoir créé de telles conditions de travail bien souvent indignes ? Ce livre m’a touché, ému, bouleversé car ces feuillets d’usine sont l’œuvre d’un auteur d’une sensibilité, d’une intelligence de cœur et d’esprit peu commune. Oui c’est dur de travailler en usine mais il a la force de souligner combien il peut-être chanceux par rapport à d’autres qui n’ont même pas de travail, de toit.. Je pense que si nous voulons comprendre la colère qui s’exprime depuis plusieurs mois, à travers le conflit des gilets jaunes, à l’aune des résultats des élections européennes, et bien il nous faut nous plonger dans des livres qui ont cette qualité énorme : celle de parler avec une sincérité désarmante de la vie telle qu’elle se passe pour des millions d’entre nous. C’est un vibrant hommage aux salariés précaires, aux ouvriers déclassés, à tous ceux qui peinent, malgré leur travail, à joindre les deux bouts. Joseph Ponthus a obtenu le Grand Prix RTL/Lire 2019, le prix Régine Deforges 2019 et le prix Jean Amila-Meckert 2019. Le public a plébiscité ce livre. La reconnaissance d’un homme qui pourra ajouter une nouvelle corde à son arc : celle d’écrivain talentueux.

Frédéric MALONDA.

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https://thedude524.com/2019/06/20/litterature-a-la-ligne-feuillets-dusine-de-joseph-ponthus-ou-la-naissance-dun-ecrivain/

Ma note: 5/5.

Broché: 272 pages
Éditeur : La Table Ronde (3 janvier 2019)
Collection : Vermillon

Oona & Salinger – Frédéric Beigbeder

Oona & Salinger – Frédéric Beigbeder

Oona et Salinger, ce n’est pas une histoire vraie, mais c’est inspiré de faits réels.

Voilà les faits : Oona O’Neill est la fille d’Eugene O’Neill, un grand dramaturge américain, ce qui fait d’elle la plus « VIP » de toutes les jeunes filles de New York. Bien qu’elle n’ait aucun lien avec son père (ne l’ayant jamais vraiment côtoyé), elle est admirée de tous pour sa beauté et ce qu’elle dégage, sa légèreté est à l’opposé du caractère dépressif et alcoolique de son père. Oona a 15 ans et elle fait déjà tourner des têtes. Ses amis sont Orson Welles, Truman Capote, de grands noms du cinéma… Son désir le plus cher est de devenir actrice et elle figure déjà dans les pages mondaines des magazines people de l’époque, accompagnée de ses deux amies Gloria Vanderbilt et Carol Marcus.

L’été qui précède Pearl Harbor, elle et Jerry Salinger (futur auteur de « L’attrape-cœurs ») tombent amoureux. Cette petite princesse de New-York, élue « la plus jolie fille du Stork Club » vit alors une courte romance avec cet étrange garçon de 21 ans, un peu laid et très mélancolique. Leur relation reste chaste et pourtant très passionnelle, Jerry fait lire ses textes à Oona, elle se confie sur son père absent, ils s’embrassent, sortent dans des clubs branchés, volent des cendriers ou des livres… Mais cet idylle ne dura qu’un été, suite à ça, Salinger partira à la guerre.

Beigbeder s’amuse à imaginer les conversations entre ces deux amants, l’évolution de leur relation, l’impact de la guerre sur la psychologie de J.D Salinger… Et tout ça prend une tournure très réaliste, au fur et à mesure que les pages défilent, nous nous demandons si cette histoire est réellement une fiction tant elle est bien pensée.

D’après ce que s’imagine Beigbeder, Salinger rongé par cet amour, s’en serait inspiré pour écrire son roman le plus célèbre. Il aurait gardé des traumatismes liés à la guerre, des souvenirs beaucoup trop douloureux des champs de bataille et un cœur en miette à cause d’une jeune fille frivole qu’il essayera de dénigrer en lui envoyant des lettres amers, l’accusant de toutes sortes de malveillances.

Puis, nous découvrons au fil des pages une nouvelle romance qui prend vie : celle qui se joue entre Oona et Charlie Chaplin. Chaplin qui avait déjà été marié trois fois et âgé de plus de cinquante ans, tombe sous le charme d’Oona, qui n’a alors que 17 ans. Le coup de foudre est réciproque, elle se sent bien avec lui, ils se marieront et auront huit enfants.
Beigbeder analyse la situation : « Cette enfant seule se cherchait un protecteur, quelqu’un pour l’adopter, comme un chat qui fait semblant d’être indépendant et réclame son bol de lait à heures fixes. Elle ne pouvait se contenter d’un adolescent belliqueux, d’un fantassin expatrié, d’un écrivain ombrageux, et encore moins d’un vétéran traumatisé. »

J’ai adoré cette œuvre, je vous la recommande vivement. J’ai toujours aimé les livres de Frédéric Beigbeder, mais là, nous le retrouvons sous une autre facette : celle d’un auteur fasciné par une époque qu’il n’a pas connu et par des auteurs qu’il n’a pas osé approcher. En effet, Beigbeder s’est rendu au Canada avant d’écrire ce roman dans le but d’interroger Salinger mais une fois arrivé devant la maison de l’écrivain (devenu ermite en plein cœur de la forêt), il renonce et fait demi-tour. Pour finir, Frédéric Beigbeder semblait tant touché par la beauté de son personnage féminin, qu’il donna à sa fille cadette le prénom : Oona.

La nuit sauve d’Hélène Frédérick: jeunesse explosive

droits réservés

Le troisième roman d’Hélène Frédérick, la nuit sauve, se déroule en pleine campagne québécoise. L’autrice, qui vit en France depuis 12 ans, possède une langue et un style qui lui sont propres et qu’elle utilise pour raconter la violence du passage vers l’âge adulte d’une jeunesse attachante, mais inquiète. À la fin de l’année scolaire, ces ados vont s’éclater dans un champ de mas pour faire un périlleux pied de nez aux interdits. Lire la suite « La nuit sauve d’Hélène Frédérick: jeunesse explosive »

Métamorphose en bord de ciel de Mathias Malzieu

Editions J’ai lu – 126 pages
Littérature française

Cloudman est sans conteste le plus mauvais cascadeur du monde. Ses performances de voltige involontairement comiques lui valent des jours heureux. Jusqu’à ce qu’un médecin le soignant pour une énième fracture décèle chez lui une maladie incurable.Commence alors pour Tom un long séjour hospitalier pour tenter de venir à bout de ce qu’il appelle « la Betterave ». Lors d’une de ses déambulations nocturnes dans les couloirs de l’hôpital, cet homme qui a toujours rêvé de dévorer les nuages rencontre une étrange créature, mi-femme mi-oiseau, qui lui propose le pacte suivant : « Je peux vous transformer en oiseau, ce qui vous sauverait, mais cela ne sera pas sans conséquences.

MON AVIS :

C’est un joli conte pour adulte que tisse avec espièglerie et poésie, Mathias Malzieu. Une rencontre en bord de ciel pour celui qui n’a cessé de brûler ses ailes et qui rêve de légèreté. Rattrapé par la maladie qui le cloue sur place, Cloudman rêve d’évasion et d’apesanteur. Tout est tendresse et délicatesse dans ce joli livre – la rencontre de Cloudman avec sa femme-oiseau, son désir enfantin de s’affranchir des barrières, l’image toute poétique du départ.
Un très bon moment de lecture, porté par une écriture douce et poétique. Un instant suspendu, loin du tumulte des phrases et des personnages difficiles, pour une rencontre délicate, murmurée et légère comme une plume.

Pourtant, une sensation de coton tendre sous les omoplates me submerge. D’abord, je me dis que j’ai dû oublier de retirer mes ailes, mais elles sont là qui pendent tranquillement sur leur cintre. Un duvet translucide commence à recouvrir ma peau ! Suis-je en train de me transformer en poussin, ou… en coussin ? Je passe le bout de mes doigts sur mes avant-bras, une vague d’euphorie m’envahit.

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Harold et Maude de Colin Higgins

Editions folio – 154 pages
Littérature américaine

Harold, jeune homme riche, a une imagination délirante. Ses passe-temps favoris : rouler en corbillard et mettre en scène de faux suicides. Maude, elle, aime les cimetières mais adore la vie. Elle pose nue pour un sculpteur qui travaille sur un bloc de glace, conduit sans permis, vole des voitures. Elle est pour Harold la femme idéale. Il y a un mais… Lui a dix-neuf ans, et elle soixante-dix-neuf !

MON AVIS :

Si vous connaissez le film de Colin Higgins, vous savez combien les personnages qu’il a créés sont drôles, atypiques et attachants. Une oeuvre singulière qui n’hésite pas à bousculer les codes de notre société – un jeune homme de 19 ans fasciné par la mort qui tombe amoureux d’une femme (beaucoup) plus âgée, touchante idéaliste au caractère vif et coloré – à laquelle s’ajoute une certaine critique de la bourgeoisie américaine de l’époque et des dérives de l’armée. Autant de sujets cruciaux pour une oeuvre piquante, vive et très drôle. Et c’est en effet tout l’univers du film que l’on retrouve dans le roman, écrit par le réalisateur après création de son long-métrage et c’est là qu’est sa principale faiblesse. En effet, si l’on retrouve avec bonheur les personnages principaux du film et son ton mordant, l’intérêt du support écrit ne vaut que pour les personnes qui ne connaissent pas le long métrage. Un intérêt vite émoussé alors qu’on espérait que la psychologie des personnages nous soit davantage dévoilée. Une oeuvre à découvrir indépendamment de son support premier.

-Psst !
Harold se retourna.
De l’autre côté de la tombe, Maude, vêtue d’un imperméable jaune avec capuchon assorti, agitait la main pour attirer son attention.
Gêné, il baissa les yeux sur le cercueil , feignant de ne l’avoir pas vue.
-PSSST !
Il leva les yeux.
Elle lui adressa un grand sourire et lui cligna de l’oeil.

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Fair-Play : Scènes de la vie conjugale

Fair-Play est un roman beau et tendre, attaché aux petits gestes et aux grandes émotions de la vie d’artiste. Tove Jansson, la créatrice des Moumines, célèbres personnages de la littérature jeunesse, a écrit un livre qui décrit si bien la plénitude d’un amour conscient, sans presque jamais prononcer le mot.

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Littérature contemporaine : « L’empreinte » de Alexandria Marzano-Lesnevich

L’Histoire : Étudiante en droit à Harvard, Alexandria Marzano-Lesnevich est une farouche opposante à la peine de mort. Jusqu’au jour où son chemin croise celui d’un tueur emprisonné en Louisiane, Rick Langley, dont la confession l’épouvante et ébranle toutes ses convictions. Pour elle, cela ne fait aucun doute : cet homme doit être exécuté. Bouleversée par cette réaction viscérale, Alexandria ne va pas tarder à prendre conscience de son origine en découvrant un lien entre son passé, un secret de famille et cette terrible affaire qui réveille en elle des sentiments enfouis. Elle n’aura alors cesse d’enquêter inlassablement sur les raisons profondes qui ont conduit Langley à commettre ce crime épouvantable.

L’Empreinte d’Alex Marzano-Lesnevich a reçu le Grand Prix des Lectrices de Elle 2019 et le Prix du Livre étranger 2019 France Inter / JDD. Alex Marzano-Lesnevich vit à Portland dans le Maine et enseigne la littérature.

« L’Empreinte » est un récit édité chez Sonatine et il est tout sauf un bréviaire où l’auteur brandit une vérité indivisible et faconde. Ce récit est celui d’une femme qui s’interroge sur les fils qui relient une affaire de meurtre d’un jeune garçon, par un dénommé Ricky Langley, avec son histoire intime d’enfant abusée par un membre de sa famille (en l’occurrence son grand père). Nous tissons ici les liens du transgénérationnel. De ce qui subsiste en nous après un traumatisme aussi effroyable que celui du viol d’un(e) enfant. « L’Empreinte » est signé Alexandria Marzano-Lesnevich. Retenez bien ce nom car il porte en germe les promesses d’un talent d’écrivaine hors norme. Au croisement du genre autobiographique, de l’enquête d’investigation, mais aussi réflexion sur la justice, sur le droit, sur la tentative toujours vaine de trouver LA vérité là où ne subsiste, le plus souvent, que des flashs de lumières au cœur des ténèbres. Alexandria Marzano-Lesnevich sonde l’âme humaine en cherchant à comprendre ce qui a pu conduire son grand père à abuser d’elle alors qu’elle n’était qu’une enfant. Ce qui la conduit à cette autre affaire de pédophilie, celle de l’assassinat de Jeremy, 6 ans, par un jeune homme, Ricky Langley. L’autrice remue les tréfonds de son histoire personnelle qui rencontre son désir de mettre des mots sur ce qui est par définition innommable. Étudiante en droit à Harvard, elle explique la mécanique, les rouages de l’appareil judiciaire qui broie tout afin de transformer un récit en vérité selon les stricts lois du code pénal. La vérité n’est pas purement diaphane, elle est aussi faite de pointe d’opacité. On y parle de la peine de mort, de la souffrance des victimes de pédophilie. On scrute aussi les erreurs de la machine judiciaire ou bien encore des centres de soins pour les personnes souffrant de troubles psychiques. Le style d’écriture est ciselé, précis, sublime. La fulgurance de cette plongée dans la psyché des différents protagonistes de cette histoire est vertigineuse. On ressort de cette lecture où il est beaucoup question de deuils, de souvenirs douloureux, de traumatismes, de façon assez surprenante, avec ce sentiment que la vie reprend le dessus, qu’elle triomphe et se sublime même face aux pires épreuves que l’on puisse nous infliger. On suit l’évolution de son ressenti de femme abusée, alors qu’elle n’était qu’une enfant, et qui reprend possession peu à peu de son corps et de son désir de vivre avec ce passé sans qu’il n’occulte l’intensité du présent et les promesses de l’avenir. J’ai été happé, emporté par le cours de cette histoire et le talent d’une écrivaine dont on n’a pas fini d’entendre parler. Un grand livre assurément qui a d’ailleurs remporté de nombreux prix cette année !

Frédéric MALONDA.

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Ma note: 5/5.

Broché: 480 pages
Éditeur : Sonatine (10 janvier 2019)
Langue : Français

 

ISBN-10: 2355846928

ISBN-13: 978-2355846922