Ben Aïcha: amour soleil

L’été sera amoureux ou ne sera pas. Voici Ben Aïcha, roman au sujet d’un amour interdit du 17e siècle mettant en scène deux personnages issus de l’histoire – Ben Aïcha et Marie-Anne de Bourbon – entre lesquels Kebir Ammi a astucieusement tissé une passion absolue. Un récit écrit dans une langue savoureuse et d’une actualité surprenante. Une très belle prise d’édition de la part de Mémoire d’encrier.

 

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Littérature: Marie-Andrée Gill, l’équilibriste

Marie-Andrée Gill , photo: Sophie Gagnon-Bergeron

En trois recueils de poésie publiés par La Peuplade, Marie-Andrée Gill s’est imposée comme l’une des autrices les plus intéressantes de la jeune génération. Sa pratique démontre une continuité et une progression constantes. Dès le départ, la poète a prouvé la qualité d’une écriture qui se promène agilement entre les mondes, entre les tressaillements intimes et la grandeur du territoire, entre des émotions vives et une saine pudeur faisant défaut à plusieurs de ses contemporains. Ses images en ressortent d’autant plus prégnantes. Faussement simples, réellement abouties.

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Peindre sa vie

Ma vie en peintures est le premier roman de l’Argentine Maria Gainza. Critique d’art, la néo-écrivaine pose un regard éminemment personnel sur la peinture tandis qu’elle peint sa vie de façon originale et drôle. Un récit savoureux pour les yeux et le cœur.

L’art est fécond. L’art inspire. Aux yeux de la romancière Maria Gainza, la peinture lui a donné une profession, mais plus encore, une grille d’analyse, un canevas sur lequel projeter sa propre expérience. Dans Ma vie en peintures, la narratrice se raconte, de l’enfance à l’âge adulte, à travers des tableaux et des peintres illustrant ses propres émois, ses propres questionnements, sa raison d’être.

C’est un livre écrit sur le mode de la confidence, mais l’autrice ne cherche jamais à se cacher ou à se justifier. Bien au contraire. La peinture l’aide à expliquer sa pensée, ses relations avec ses proches, ses vérités et mensonges, ses passions. 

La narratrice effectue ce parcours de vie accompagnée de tableaux qu’elle a vus en personne, surtout dans les musées de Buenos Aires. Des œuvres d’artistes souvent connus, mais pas nécessairement une représentation de leur travail le plus universellement salué. 

Sept reproductions de tableaux, dont des œuvres de Courbet, Toulouse-Lautrec et Rousseau, s’intercalent dans son récit de vie. Elle aborde également le travail des Rothko, Monet, Le Greco, entre autres. La jeune femme lit aussi beaucoup: Duras, Keats, Plath, Dante.

Rien d’élitiste pourtant, ni chez elle ni dans son appréciation très crue, parfois intrusive, de la vie des artistes. La narratrice avoue aussi ses penchants pour la culture populaire: le groupe The Ramones et la série télé américaine Charlie’s Angels, par exemple. Elle sait rire de sa vie avec humilité et raconter l’histoire des tableaux qui l’ont marquée avec sagacité.

« Qui sait, peut-être t’es-tu convaincue, étant donné ta progressive et alarmante tendance à vivre chaque jour avec moins que la veille, que tu n’as pas besoin de grands avions ni de grands chefs-d’oeuvre dans ta vie. Cézanne disait: ‘La grandeur finit par lasser. Il y a des montagnes qui, lorsqu’on se trouve devant elles, nous donnent envie de crier: Bordel de merde! Mais, au quotidien, une simple colline vous suffit amplement.’ Ta ville est une plaine grise mais de temps à autre les nuages se dispersent et quelque chose émerge au milieu du néant. Certains jours où le ciel est limpide, comme aujourd’hui, tu réussis à le voir de ta fenêtre. C’est une petite colline surmontée d’une auréole nuageuse. »

Ma vie en peintures est un cours inédit d’histoire de l’art. Sans prétention, toujours bien argumenté. Cette fiction autobiographique s’avère un premier livre rafraîchissant eu égard aux autofictions souvent narcissiques qui nous inondent.  Tout est dans l’angle, le regard, la posture.

Le deuxième roman de Maria Gainza, La luz negra (La lumière noire), où elle s’attaque aux faussaires en art visuel, a été publié en espagnol en 2018 lorsque paraissait son premier en français. Ma vie en peintures était d’abord paru en 2014 sous le titre Mi nervio optico (Mon nerf optique).

Souhaitons que la traduction de La luz negra nécessitera moins de quatre années. 

Cette femme qui aime trop

Un roman d’amour. Sans mièvrerie, sans guimauve, ni eau-de-rose. L’amour fort, l’amour trop. L’écrivaine Julia Kerninon démontre, dans une langue magnifique, qu’elle a compris toutes les nuances du verbe « aimer ». Son roman nous bouleverse et nous éclaire.

Ma dévotion, c’est celle d’Helen envers Frank. Après 23 années de séparation, ils se croisent à Londres par hasard et elle vide la besace des sentiments complexes qui sont les siens envers lui, le « grand » peintre, mais l’humain manqué. L’esprit libre et éparpillé, l’homme jaloux et créatif, l’artiste passionné et égocentrique. Elle l’aime plus qu’elle-même et le lui dit pendant l’éternité d’un moment passager.

Ce n’est pas un procès, mais en toute équité, Helen veut enfin faire percevoir à « l’homme de sa vie » le point de vue qu’il n’a jamais voulu (re)connaître. Elle souhaite lui enseigner une fois pour toutes, mais sans attente, ce verbe « aimer » qu’il n’a jamais su conjuguer autrement qu’à la forme pronominale, première personne du singulier au plus-que-masculin.

L’amour d’Helen, a contrario, est conscient, lucide, total aussi. On admire sa passion, sa dévotion moins. Parfois cynique, elle l’exprime à plusieurs reprises dans ce monologue intérieur/extérieur: « J’étais devenue ta servante, et comme toutes les servantes, j’ai fini par considérer que mon maître m’appartenait »

Frank l’aime bien, certes. En amie. Il ne pourrait se passer d’elle, va-t-il jusqu’à confier à des proches. Mais c’est un grand artiste, voyez-vous. Sa carrière passe avant tout. Alors, Helen lui pardonne souvent ou presque. Elle n’oublie rien, toutefois, et finira par s’arracher à cette relation, somme toute, malsaine pour elle, voire tragique.

« J’ai retourné ses mots comme ma veste, je l’ai provoqué, humilié, j’ai tout fait pour lui essorer des larmes, j’ai brûlé ce que j’avais aimé, parce qu’en quittant quelqu’un nous cherchons souvent d’abord à dire adieu à une version de nous qui est venue à nous sembler trop étroite, trop usée, et nous nous débattons violemment pour nous en extraire comme d’une venimeuse tunique de Nessus. »

Ce récit d’une mémoire vibrante avance par petits chapitres incisifs. Non pas uniquement dirigé envers et contre Frank, même si Helen ne fait que lui parler, mais eu égard aux émotions décrites et à sa réflexion implacable qui s’en est suivie. La narratrice compte atteindre sa part de vérité et c’est probablement ce qu’il y a de plus beau et fort dans son verbe « aimer » qui équivaut, dans le fond, à « espérer », dans tous les sens du mot « espoir ».

Julia Kerninon possède une écriture belle et juste. On la sent au diapason de cette Helen qui n’a jamais su parler et, donc, qui a écrit toute sa vie. Avouons que la lire nous en apprend beaucoup, même si on croit tout savoir en ce domaine. Même si on croit que la partie est jouée d’avance dans les affaires du cœur.

Malgré les douleurs que l’on se reconnaît dans ce beau roman, dans les grandes et petites dévotions notamment, on doit admettre qu’elles forment la chaîne de notre vie. On a toujours le choix: regretter amèrement ou sourire les en pensant aux meilleurs souvenirs. En fait, les deux sentiments se côtoient. Aimer, c’est aussi ça. C’est « faire ». À la différence de l’amour qui a peut-être toujours été, dans le fond, impossible.

Le printemps de Harlem

La maison d’édition Mémoire d’encrier a fait d’une pierre deux initiatives: remettre le romancier américain Wallace Thurman en avant-plan en confiant la traduction de son roman Infants of the Spring aux bons soins de Daniel Grenier.

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La nuit sauve d’Hélène Frédérick: jeunesse explosive

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Le troisième roman d’Hélène Frédérick, la nuit sauve, se déroule en pleine campagne québécoise. L’autrice, qui vit en France depuis 12 ans, possède une langue et un style qui lui sont propres et qu’elle utilise pour raconter la violence du passage vers l’âge adulte d’une jeunesse attachante, mais inquiète. À la fin de l’année scolaire, ces ados vont s’éclater dans un champ de mas pour faire un périlleux pied de nez aux interdits. Lire la suite « La nuit sauve d’Hélène Frédérick: jeunesse explosive »

Fair-Play : Scènes de la vie conjugale

Fair-Play est un roman beau et tendre, attaché aux petits gestes et aux grandes émotions de la vie d’artiste. Tove Jansson, la créatrice des Moumines, célèbres personnages de la littérature jeunesse, a écrit un livre qui décrit si bien la plénitude d’un amour conscient, sans presque jamais prononcer le mot.

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